Mardi 10 juin 2008
En 1972, alors que l'affaire du Watergate n'avait pas encore éclaté, et en était d'ailleurs assez loin, que Stephen King n'écrivait pas encore (ou si peu), sort un roman d'un jeune écrivain qui répond au nom de Michael Crichton. Andromeda Strain est sa première oeuvre, son premier succès. Ce diplômé de médecine innove en introduisant dans son intrigue des éléments éminemment scientifiques, tout en cultivant un suspense et un style très littéraire. Cette formule, empruntée aux grands de la science-fiction, Isaac Asimov s'il faut n'en citer qu'un, fera son gagne-pain pendant plus de d'une trentaine d'années, et encore aujourd'hui, qui sait si Prey, sorti il y a 3 ans est son dernier roman ?

Une sonde mystérieuse atterrit dans un petit village américain à mille lieues de nulle part, et tue à une vitesse affolante tous ses habitants, sauf un. Un comité de scientifiques spécialement dépêché pour l'occasion se lance dans l'étude de ce qui ressemble très fort à une sorte de virus d'origine spatiale. Tout les cadavres souffrent du même symptôme : leur sang a instantanément coagulé au contact de l'organisme.
Afin de pouvoir maîtriser une éventuelle propagation du virus hautement nocif sur le globe, notre groupe de chercheur se lance dans une étude sur le site même de l'impact de la sonde. Le temps est contre eux : si jamais aucun résultat positif n'est donné au bout de trois jours, le village placé en quarantaine sera détruit par un missile nucléaire, par accord spécial de Mr The President.

Ainsi commencent 72 heures de sueur, de souffrance, de recherche et de tasses de café froid pour le Dr. Jeremy Stone et ses amis qui feront tout ce qui est en leur pouvoir pour sauver le monde d'un virus mortel d'un coté et d'une (petite) bombe atomique de l'autre.
Andromeda Strain est un roman qui joue sur les nerfs du lecteur. Pas ou peu d'action à proprement parler ici, l'on s'attache avant tout à observer l'évolution des recherches sur ce mystérieux Blob venu de l'espace. Le grand méchant de cette histoire est invisible à l'oeil nu et peut se propager dans un laboratoire en moins de dix minutes pour peu qu'un scientifique distrait oublie de fermer la porte en sortant prendre son déjeuner. Nul doute que de nombreuses situations périlleuses attendent nos héros au détour de leurs trois jours sans sommeil, alors que l'organisme semble évoluer à une vitesse phénoménale.
D'un point de vue technologique, Andromeda Strain a certainement bien vieilli. Mais là n'est pas le sujet du roman. Outre cette pression croissante maîtrisée avec dextérité, Crichton nous livre ici son oeuvre la plus technique, mais aussi la plus captivante. Certains passages donnent mal à la tête tant les concepts exposés sont abstraits et pourtant superbement bien expliqués. En quoi une pierre est-elle moins vivante qu'un castor ? Si vous pensez avoir la réponse, lisez ce livre avant de répondre de manière catégorique.

Il est sûr qu'Andromeda Strain ne surpassera pas le succès d'autres romans de Micheal Crichon, ne serait-ce que parce son intrigue n'a rien de bien intéressante en elle-même et que le roman n'est pas vraiment lisible de bout en bout comme tout produit commercial se doit de l'être. Pourtant, ceux qui déplorent le n'importe quoi des deux derniers Crichton devraient être fortement intéressés par celui-ci.
La légende ne dit pas si c'est après avoir lu ce livre que John Carpenter se lança dans la réalisation de The Thing...

 


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Jeudi 22 mai 2008

Pas encore aussi connu que J.K.Rowling ou Ana Gavalda, Tonino Benacquista est un auteur talentueux. Il le prouve à nouveau avec "Malavita encore", suite des aventures d'un mafieux perdu, depuis peu en librairie.

Tonino Benacquista a commencé par écrire "Malavita" en 2004, dans lequel il narre les péripéties d'un repenti de la mafia et de sa famille après le procès qui les a conduits à devenir les cibles prioritaires de tout ce que la pègre new-yorkaise compte de truands.

Protégé par un plan spécial du FBI, Giovanni Manzoni a dû quitter les Etats-Unis pour la France avec femme et enfants, afin d'éviter une traque sans merci. Après avoir été retrouvé par des malabars mafieux en Normandie, rencontre qui s'est terminée en bain de sang, l'ex-mafieux et sa famille ont déménagé en Provence. Quelques années après le premier tome, c'est ici le point de départ de "Malavita encore".

Famille détonnante

Si ce nouveau roman peut éventuellement se comprendre sans avoir lu "Malavita", car l'histoire ne fait que peu mention de ce qui s'y passe, il est évident que les deux romans se complètent à merveille. Le tout écrit avec autant de finesse que d'un humour bien particulier...

Dans "Malavita encore", le personnage principal demeure Giovanni Manzoni, qui a changé d'identité et se nomme désormais Frederic Blake. Devenu écrivain un peu par hasard et par désoeuvrement, le mafieux repenti choisit de raconter ses mémoires dans la Cosa Nostra. Et devient rapidement un anxieux devant la page blanche.

Blake est toujours entouré par sa femme Maggie, qui espère se faire une place dans la vente des aubergines au parmesan. Leurs enfants sont eux en train de s'émanciper, au grand désespoir de l'écrivain. Belle, qui porte si bien son nom, est séduite par un pauvre type, alors que Warren veut s'exiler avec sa nouvelle compagne, qu'il n'ose présenter à sa famille. Ce petit monde est surveillé par l'agent Tom Quint, qui attrape des cheveux gris en tentant de les protéger, alors qu'ils le détestent.

Du banal pas banal

Benacquista raconte ainsi l'histoire banale de gens apparemment tout aussi banals. Sauf que lorsqu'on a grandi dans le milieu mafieux, le naturel revient immédiatement au galop quand on tente de le chasser. Sans cesse, père, mère et enfants pensent à la Cosa Nostra et la voient surgir dans leur vie provençale, au détour d'une conversation ou quand ils sont tentés d'user de vieilles méthodes mafieuses pour parvenir à leurs fins dans le petit monde des cigales.

Papa pense par exemple aller rectifier le portrait d'un éventuel petit ami indélicat de sa fille. Par ailleurs, maman aimerait faire exploser le siège d'une entreprise concurrente, mais peu respectueuse. Ou le fiston sort de ses gonds devant un voleur de pacotille. Et la gentille fifille s'amuse à séduire de vieux camarades de jeu de son père. Un esprit justicier apparaît fréquemment pour régler des broutilles quotidiennes.

Mais où cela va-t-il mener? Réponse dans les 345 pages de "Malavita encore". Et plus que l'intrigue générale, ce sont surtout de menues scènes de pur plaisir qui jaillissent çà et là dans le roman et qui font de Benacquista un auteur à part. Par exemple, lorsque Fred décrit avec jouissance le moment où il va plonger un oeil de boeuf dans le verre d'un rival. Quelle distinction, quel goût!


Liens

Tonino Benacquista sur polars.org
Tonino Benacquista sur Wikipédia
Bibliographie de Benacquista sur evene.fr


par swisstxt/Frédéric Boillat publié dans : Littérature communauté : Adoptez un mot! créer un trackback
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Mercredi 23 janvier 2008
Le premier manuscrit de cet ouvrage a été jeté au feu cinq minutes avant l’arrivée de la police secrète en Pologne communiste.

Le deuxième, rassemblé péniblement par des scientifiques travaillant dans des conditions, quasiment invivables, de répression, a été envoyé par l’intermédiaire d’un messager au Vatican. Aucun accusé de réception n’a été transmis, aucun signe de vie n’a été reçu du messager - la manuscrit et toutes ses précieuses données était perdu.

Le troisième manuscrit a été produit dans les années 1980, après la fuite en Amérique de l’un des scientifiques qui avait collaboré au projet. Zbigniew Brzezinski l’a supprimé.

« La ponérologie politique – une étude scientifique de la genèse du Mal, appliqué à des fins politique » a été façonnée dans le creuset même du sujet étudié.

Des hommes de science vivant sous un régime répressif ont décidé de l’étudier cliniquement, d’étudier les fondateurs et les partisans d’un régime du Mal pour pouvoir déterminer quel est le commun dénominateur dans la naissance et la propagation de l’inhumanité de l’homme envers l’homme.

Choquant dans la sobriété clinique de ses descriptions de la vraie nature du mal, poignant dans les passages plus littéraires où l’auteur révèle les souffrances vécues par les chercheurs qui ont été contaminés ou anéantis par la maladie qu’ils étudiaient, cet ouvrage devrait être lu par tout citoyen de tout pays qui se revendique d’une base morale ou humaniste. Car il est certain que la moralité et l’humanisme ne peuvent longtemps supporter les déprédations du Mal. La connaissance de sa nature, de la façon dont il crée ses réseaux et s’étend, de la perfidie de son approche pernicieuse, en est l’unique antidote.

Mais encore :

ISBN: 978-2-916721-01-9

Pour commander :

Envoyez une chèque pour
23,99 euro (20,00 pour le livre plus 3,99 pour les frais du port ) à

Les Editions Pilule Rouge
B.P. 121
82100 CASTELSARRASIN
France

à l'ordre de: Les Editions Pilule Rouge

par Derfel publié dans : Littérature communauté : Adoptez un mot! créer un trackback
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Jeudi 17 janvier 2008

Depuis 20 ans déjà La Conjuration des imbéciles bénéficie d’une remarquable reconnaissance tant critique que populaire. John Kennedy Toole, pourtant, était persuadé de n’être qu’un écrivain médiocre et sans intérêt puisque aucun éditeur ne daignait le publier : il se suicide à l’âge de 32 ans, en 1969 et c’est sa mère qui, onze ans plus tard, se bat pour faire reconnaître le talent de son fils. Et elle y réussit fort bien puisque le roman reçoit le prix Pulitzer en 1981, un an après sa parution aux Etats-Unis. La Conjuration des imbéciles est aujourd’hui considérée comme une œuvre majeure de la littérature américaine contemporaine. Ainsi, D. Pennac le classe-t-il parmi les dix plus grands ouvrages du 20e siècle. L’objet de cet article est cependant d’apporter quelques nuances à cet engouement habituel.

20080112-La-conjuration-des-imb--ciles.jpgIl s’agit certes d’un roman vif et enlevé, parfois brillant, souvent enjoué ; toutefois les défauts de ce qui n’est qu’une première tentative littéraire sont trop prégnants pour justifier les éloges dithyrambiques dont bénéficient aujourd’hui le roman et son auteur. Le projet de La Conjuration des imbéciles pris dans son ensemble est en effet décevant, car l’auteur ne réussit pas à tenir entièrement son pari d’écriture. Construit autour du personnage repoussant et méprisable, mais surtout complètement fou, d’Ignatius J. Reilly, le récit tente de relever le défi d’une écriture humoristique. Le lecteur oscille ainsi entre le rire et la pitié, le dégoût et l’incrédulité. Toutefois, si le procédé fonctionne pendant les 150 premières pages, il s’épuise très largement ensuite, sans que rien ne vienne prendre le relais. Il manque donc à la trame du roman un ressort dramatique fort. Il ne s’agit certes pas de prôner ici l’idée qu’il faille absolument qu’il se passe quelque chose dans un roman pour qu’il soit réussi. Mais, dans La Conjuration des imbéciles, le pari d’un personnage repoussant couplé à un jeu sur l’humour noir et la dénonciation cynique de la société libérale est insuffisant, sur la durée, pour faire le grand roman qu’on prétend. Surtout J. Kennedy Toole a la maladresse d’insérer des passages écrits par Ignatius lui-même. La réussite (jusqu’à un certain point) du roman était justement de dépeindre ce héros si particulier au travers d’une narration à la troisième personne par un juste équilibre entre regard distancié et familiarité de la part du narrateur. Lui donner voix au chapitre alourdit considérablement la narration et décourage un lecteur confronté à des pages et des pages de vaines considérations qui ont tout perdu de leur cynisme et de leur drôlerie. John Kennedy Toole a en outre choisi le principe de l’imbroglio narratif pour mener à bien son histoire. Peut-être a-t-il senti la difficulté qu’il y avait à assumer sur la durée son personnage et la narration qu’il avait construit tout autour. Et le procédé amène effectivement une certaine légèreté à la lecture, une pause devant la pesanteur du personnage principal. C’était peut-être dans l’imbroglio que se trouvait la réponse aux critiques énoncées ci-dessus. Mais au final, l’auteur ne réussit pas à dépasser réellement l’artifice narratif. On en vient dès lors à se demander si ce n’est pas l’imbroglio qui rallonge plus que de mesure le roman. La construction aboutie d’Ignatius et des situations cocasses qu’il génère amène les autres personnages à apparaître comme vidés de leur sens en son absence (ainsi les rares et inutiles passages construits autour d’un ancien professeur d’Ignatius), alors que ces figures secondaires sont pour la plupart extrêmement réussies dès lors qu’elles entrent en collision avec la réalité délirante d’Ignatius J. Reilly. Au total, l’écriture décalée, le personnage étrange et déroutant d’Ignatius, les dénonciations furibondes de la médiocrité américaine, tout conduit à un roman agréable, drôle, incisif. Mais, La Conjuration des imbéciles manque d’envergure et de densité. Cela pose le problème délicat d’une écriture humoristique et de ses prétentions à un haut degré de littérature.

Reste un point qui peut sembler annexe par bien des aspects, mais qui est loin de l’être par la simple place physique qu’il occupe dans le livre de John Kennedy Toole : celui de la traduction de la langue populaire américaine. L’auteur couple en effet à la plupart de ses personnages un niveau de langue et une manière de parler particulière qui lui permet de bien individualiser chacun des rôles qui leur est dévolu. Il est probable qu’en anglais, le style familier et les références au parler de la Nouvelle-Orléans apportent un plus, un élément de compréhension et de densification du roman. En français cependant, cela ne fait que gêner la lecture et heurter l’œil sans que se construise une compréhension de ce mauvais français. Il est donc parfois difficile de suivre le fil narratif entre expressions difficiles à traduire, raccourcis de langage, erreurs de langue voulues... Mais peut-on reprocher à l’éditeur d’avoir refusé de supprimer ce qui, en version originale tout du moins, est une des spécificités de La Conjuration des imbéciles ?

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